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Perles médicales

Un véhicule de 19 ans impliqué dans un accident de femme.
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À propos du blogue

Ce blogue a été créé dans le but de donner un regard critique sur le monde de la santé. La caractéristique particulière de ce blogue est que le point de vue provient de quelqu’un oeuvrant dans le système de santé, quelqu’un au cœur de l’action.

Durant plusieurs années, j’ai observé silencieusement les commentaires émis par les médias, la population et les organisme gouvernementaux. Cependant, les professionnels de la santé ont été discrets dans leur prise de position. J’espère pouvoir apporter mon point de vue qui, sans représenter nécessairement l’ensemble des acteurs du système de santé, se veut sincère et objectif autant qu’humainement possible.

Message pour les avocats... en aucun cas les opinions dans les articles ne représentent des avis médicaux. Les récits médicaux sont inspirés de situation réelle mais des détails ont été modifiés dans le but de conserver l'anonymat des patients.



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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons
  • 30avr
    Si on vous laissait le choix entre un hôpital public, prenons Santa-Cabrini, et un bel hôpital privé américain avec de belles petites infirmières, lequel choisiriez-vous?

     

    Vous avez quelque chose de grave, disons un gros infarctus. Et ça ne va pas bien. Oubliez la question d’argent pour l’instant, imaginez que vous être multimillionnaire (déjà là, vous vous sentez mieux!) et que les coûts d’une hospitalisation ne vous effraient pas.

     

    Alors…. lequel?

     

    Hôpital américain

     

    Avant que vous preniez votre décision, je veux vous dire ceci : on meurt plus dans les hôpitaux à but lucratif que les hôpitaux à but non lucratif (privé ou non). C’est la conclusion à laquelle est parvenue une méta-analyse1* publiée en 2002 dans le Canadian Medical Association Journal(CMAJ). Selon cette étude, les patients ont 2% plus de chance de mourir dans un hôpital à but lucratif que dans un hôpital à but non lucratif. Pas beaucoup vous me direz, mais si tous les hôpitaux canadiens décidaient du jour au lendemain de devenir capitalistes pour engranger des profits, cela signifierait 2200 décès canadiens de plus par année, soit l’équivalent du nombre de morts reliés au suicide.

     

    Pourquoi plus de morts?

     

    Parce que, selon les auteurs de l’étude, les hôpitaux privés coupent sur le personnel dans le but de générer plus de profits.

     

    En voyant cela, je me demande pourquoi certains patients pensent qu’il serait mieux de placer leur santé entre les mains d’une organisation contrôlée par une poignée d’actionnaires plutôt que d’améliorer un système dont le premier et seul objectif est de soigner la population.

    __________

    1. Devereaux PJ, Choi PT, Lacchetti C. et al., A systematic review and meta-analysis of studies comparing mortality rates of private for-profit and private not-for-profit hospitals. CMAJ 2002; 166(11) : 1399-406

    *une analyse de plusieurs études différentes

    Publié par Québomed à 11:21

  • 28avr
    Il y a quelques années vers la fin de ma résidence, je terminais mon quart de travail à l’urgence lorsque l’infirmière m’annonce l’arrivée d’une jeune adolescente inconsciente. Les gros cas surviennent toujours vers la fin des quarts, c’est toujours comme ça.

     

    La jeune fille de 15 ans, en bonne santé auparavant, était tombée subitement inconsciente lorsqu’elle magasinait au centre d’achats avec sa mère. Bang! Comme ça, sur le sol. Pas de convulsions. Pas de trauma. Pas de médicaments. Pas d’histoire de prise de drogues ou d’alcool. Premier épisode du genre. Pas de température. Signes vitaux stables à l’arrivée. C’est toujours ça de rassurant. Aucune réaction à la douleur. Pupilles égales et réactives. Nuque souple. Reste de l’examen physique et neuro normal. ECG normal.

     

    Mon patron entre dans la chambre : « Et puis? ».

     

    Je n’ai aucune réponse intelligente à lui donner. Habituellement, à ce stade de l’évaluation, on a une idée de ce qui se passe. Ici, rien. J’ai demandé mes tests de labo, mon bilan toxico et mon scan, mais je ne m’attends pas à trouver de grosses anomalies chez une ado de 15 ans sans antécédents médicaux. Je reste avec des hypothèses vagues. Peut-être une crise d’épilepsie passée inaperçue avec un état post-ictal? Un saignement intracrânien? Prise de drogue inavouée? Mais aucune de ces hypothèses ne colle avec l’histoire. Je cherche dans ma tête. À quoi je ne pense pas? À quoi je devrais penser? J’ai une fille de 15 ans inconsciente devant moi et je ne sais pas trop vers quoi je me dirige. Je commence à avoir des sueurs froides et le cœur qui palpite.

     

    Femme inconsciente

     

    Le patron voyant mon embêtement, me dit sur un ton calme : « Ne te fatigue pas, elle fake. »

     

    Il avait observé la patiente. Elle avait trop de tonus pour une personne inconsciente. En plus, elle avait quelques petits mouvements involontaires. Les yeux bougeaient un peu lorsqu’on stimulait les pupilles avec la lumière. Dans l’énervement, ce sont des détails auxquels je n’avais pas portés attention. Le manque d’expérience ayant probablement joué un rôle également.

     

    Durant notre entraînement, on nous apprend en premier à éliminer les causes graves de maladies. Le trouble factice (la simulation de maladies) est une cause de bien des symptômes, mais dans les livres de médecine, il se résume à une petite ligne dans le chapitre et passe souvent inaperçu. Pourtant, on rencontre régulièrement des personnes qui simulent pour une raison ou pour une autre.

     

    Pour la jeune fille, elle a été couchée sur une civière dans le corridor et s’est « réveillée » quelques heures plus tard. Les tests de labo étaient normaux. La fille a eu son congé le jour même.

     

    À noter que plus tôt, la jeune fille est demeurée de glace lorsque je l’ai stimulée avec la douleur. Certaines personnes sont prêtent à aller loin dans leur simulation…

     
    __________

    Il y a deux ou trois mois, l’infirmière est venue me chercher en courant. « Docteur, on n’est pas capable de piquer la patiente qui convulse, il va falloir lui mettre une voie centrale. »

    Je regarde la patiente, et je dis à l’infirmière sur un ton calme : « Ne te fatigue pas, elle fake. »

    Publié par Québomed à 14:36

  • 27avr
    Voici un lien vers une page contenant des bloopers en médecine.

    Mes préférés :

    • Rectal exam revealed a normal size thyroid. (Long fingers?)
    • Between you and me, we ought to be able to get this lady pregnant.
    • Whilst in Casualty she was examined, X-rated and sent home.
    • The patient has been depressed ever since she began seeing me in 1983.
    • The patient has no past history of suicides.
    • She slipped on the ice and apparently her legs went in separate directions in early December.
    • The patient experienced sudden onset of severe shortness of breath with a picture of acute pulmonary oedema at home while having sex which gradually deteriorated in the emergency room.
    • The patient refused an autopsy.
    • The patient left the hospital feeling much better except for her original complaints.

    Whoever said “laughter is the best medicine” never had gonorrhea. 

    - Kat Likkel and John Hoberg

    Publié par Québomed à 15:38

  • 27avr
    J’ai toujours eu l’impression que plusieurs personnes, autant les médecins que la population en général, semblaient mal à l’aise lorsqu’on abordait le sujet de la place qu’occupe l’argent en médecine.

     

    Du côté des médecins, on en parle énormément. Des fonds de placement, des salaires, du prix des médicaments, de gestion. La plupart des journaux médicaux contiennent une section sur les finances. Il existe même un magazine destiné aux médecins québécois qui s’appelle Santé.inc. C’est pour vous dire!

     

    Pour être honnête, dès l’admission dans une fac de médecine, les étudiants sont exposés à la culture de l’argent. Les compagnies d’assurances et de placement se battent pour vendre leurs produits. Les banques offrent des cartes de crédits et des marges avec des limites stratosphériques. Et c’est sans compter les représentants pharmaceutiques qui rôdent autour des résidants et des médecins comme des vautours.

     

     

     

    Donc, nous sommes habitués de jaser business, mais je sens toujours un petit malaise chez mes collègues. Un petit malaise qui dit qu’on ne veut pas être étiqueté comme un médecin moneymaker.

     

    En bout de ligne, les médecins sont des êtres humains, et comme tous les autres êtres humains, ils surveillent leurs intérêts monétaires. Un syndiqué parle de sa prochaine hausse de salaire, de son futur régime de retraite; un médecin discute placement avec son conseiller. Doit-il être stigmatisé sur cette base? Je ne crois pas. Je ne dis pas qu’il faut leur donner carte blanche pour assouvir leurs passions mercantiles, mais juste faire attention avant de juger un médecin pour une attitude que la majorité des gens sur cette planète adoptent.

     

    Au-delà de la question du comment les médecins gèrent leur argent, plus important encore est comment le système de soins et la société gèrent leur économie en fonction de la santé. Et aussi comment les individus se comportent lorsqu’il faut choisir entre argent et santé. Surtout entre argent et santé des autres.

     

    Si vous croyez qu’une vie n’a pas de prix, alors comment expliquez-vous qu’il y a des centaines de millions de personnes qui meurent parce qu’ils n’ont pas accès aux ressources qui permettraient de répondre à leurs besoins de base.

     

    L’une des choses que j’ai apprises en médecine est que la vie a un prix, et que certaines vies valent plus que d’autres. Ce ne prix n’est pas fixé par le système de santé, mais par les valeurs d’une société.

     

    Et ça on en parle pas.

    Publié par Québomed à 15:02

  • 25avr
    Grosse nouvelle aujourd’hui sur le site de Canoë : la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme (CCDH) nous présente son exposition Les abus de la psychiatrie au Vieux-Port.

     

    Le CCDH a été créée par un co-fondateur de l’Église de scientologie. Ça promet d’être aussi scientifique que le musée sur le créationnisme.

     

    If you talk to God, you are praying.

    If God talks to you, you have schizophrenia.

     

       -Thomas S. Szasz

     

    Remarquez que les attaques contre la psychiatrie ne datent pas d’aujourd’hui. En fait, il y a même eu un mouvement plus ou moins officiel d’anti-psychiatrie ayant comme tête d’affiche des types comme Michel Foucault et Thomas Szasz, ce dernier étant psychiatre. Szasz affirme même dans son manifeste que la maladie mentale est un mythe. Pour élaborer une argumentation du genre, il n’a pas dû travailler à l’urgence très très longtemps.

     

    Il demeure tout de même quelques bases valables pour critiquer la psychiatrie. Contrairement aux autres domaines de la médecine, il n’existe pas de tests de labo ou de radiographies pour diagnostiquer une maladie psychiatrique. Les médecins se fient donc sur leur impression clinique pour le diagnostic final. Le hic, c’est que le jugement des médecins est influencé par les tendances sociales. On a eu droit à quelques aberrations dans le passé, comme la drapétomanie, une maladie mentale touchant les esclaves noirs leur donnant un goût intense de la liberté et les poussaient à s’enfuir. On a également déclaré que l’homosexualité n’était pas une maladie mentale en … 1987!

     

    Les débats actuels concernent surtout l’association de l’industrie pharmaceutique et de la psychiatrie ainsi que l’utilisation de plus en plus répandue de la médication pour le traitement de maladies qui étaient auparavant peu diagnostiquées et traitées, comme l’hyperactivité et la dépression.

     

    Il y a matière à discussion…

    Publié par Québomed à 22:48

  • 25avr
    Vous pensez peut-être que je vous parlerais des compagnies pharmaceutiques. Eh bien, non. Je laisse ça pour une prochaine fois.

     

    Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est plutôt le mode de rémunération des médecins. La majorité des médecins sont payés à l’acte. Ainsi, plus un médecin voit de patients, plus son chèque de paie grossit. À l’inverse, si un médecin prend beaucoup de temps avec ses patients, il aura vu moins de clients à la fin de la journée et sa rémunération sera moindre.

     

    Le système récompense donc la rapidité. Le but ici devient de rentabiliser son temps et ses efforts pour obtenir le meilleur rapport salaire/heure de travail. De ce point de vue, tout ce qui ralentit un médecin est perçu comme une perte d’argent, ainsi que tout acte qui est peu ou pas payant. Cela inclut les explications données aux patients, le traitement des maladies complexes ou de patients très malades, les visites à domicile, la prévention, etc. Pourtant, ces trucs sont essentiels à une pratique saine de la médecine ainsi qu’au bon fonctionnement du système de santé.

     

    Les médecins se retrouvent donc au beau milieu d’un conflit d’intérêts : bien faire leur travail ou faire de l’argent.

     

    Ça nous donne des situations comme celle décrite dans cet article paru sur cyberpresse.

     

    Signe dollar avec pilules

     

    Je ne veux pas porter un jugement éthique sur ces médecins qui font ce qu’on appelle dans le milieu, du débit. Après tout, je me retrouve dans la même situation qu’eux. Les loyers des cliniques médicales coûtent les yeux de la tête et nous voulons, comme tout le monde, rentabiliser notre investissement. Chaque patient, qui pour une raison ou une autre nous ralentit, qu’il soit anxieux, très malade, demandant, devient alors un irritant. La tentation est grande de tourner les coins ronds.

     

    Et sincèrement, la majorité des médecins ne sont pas heureux dans cette pratique car ils savent qu’ils offrent des services de moindre qualité sous le stress d’un système qui les pousse à courser d’un patient à l’autre.

     

    Il faudra bien un moment donné qu’on se pose la question si on veut évoluer d’un système qui favorise le débit à un système qui encourage les médecins à prendre leur temps.

     

    Entre autre, je pense au salaire horaire, un mode de rémunération qui demeure marginal pour l’instant.

    Publié par Québomed à 15:22

  • 24avr
    Le site est maintenant fonctionnel. Pas tout à fait prêt, mais fonctionnel. J’ai quelques petits trucs à arranger, surtout sur le menu de droite.

    Je me suis battu avec le logiciel de blogue. Programmer un blogue, c’est moins évident que je pensais. J’ai eu passablement de misère avec le code. C’est comme si j’essayais de me faire comprendre à quelqu’un qui ne connaissait pas ma langue. Ça donne des résultats inattendus.

    Dites-moi le si vous voyez quelque chose d’aberrant sur mon site, j’irai le corriger.

    Publié par Québomed à 17:34

  • 22avr
    Je prépare un nouveau site pour accueillir mon blogue, question d’avoir plus de libertés que sur un site emprunté ( celui de WordPress, le logiciel du blogue ). D’ici le transfert et le temps que je comprenne le logiciel, je ne posterai plus de nouveaux messages. De plus, il se peut que je prenne une semaine de vacances bien méritée.

    Publié par Québomed à 10:02

  • 21avr
    Je vous présente un livre aujourd’hui.

     

    Heart Failure par Dr. Greger.

     

    Heart Failure par Dr. Greger

     

    Dr. Greger nous livre son expérience pour le moins marquante de son externat dans une université américaine. Il nous décrit son combat contre une culture dominée par le pouvoir, l’argent, la compétitivité et l’arrogance.

     

    Ça me rappelle mon propre externat.

     

    Vous voulez savoir ce qui se passe entre les 4 murs d’une fac de médecine? Vous avez le choix entre Heart Failure et Dr Grey. L’un est une oeuvre de fiction, l’autre non.

     

    Moi, je prends Heart Failure.

     

    Mais attention avant d’étendre aux universités québécoises tout ce que vous lirez. Dr. Greger décrit une réalité américaine d’il y a 10 ans, avec des études qui sont parfois tout aussi vieilles. Et depuis ce temps-là, on a fait des bonds incroyables ou niveau de l’ouverture d’une société médicale qui fut bien trop fort longtemps repliée sur elle-même comme une secte du Moyen-Âge le serait. De plus, bien que les méthodes et la structure de l’enseignement médical américain et québécois se ressemblent énormément, la nôtre est considérée comme plus soft envers ses étudiants. Une chance…

     

    Ceci dit, j’aime bien ce livre bien que je ne sois pas en accord avec tout ce que le type écrit. Un peu trop pamphlétaire à mon goût. Mais je l’aime assez pour qu’il puisse me servir d’inspiration pour certains de mes futurs articles. Ça promet!

     

    Si vous pensiez que les étudiants en médecine vivent dans un monde d’amour où les papillons volent et que les oiseaux chantent Les quatre saisons de Vivaldi, vous allez tomber sur le cul sur le coccyx.

     

    Ah oui… j’oubliais. Heart Failure est disponible complètement sur son site web, alors, pas d’obligation de l’acheter pour le lire.

    Publié par Québomed à 0:02

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  • 20avr
    Ville endormie (New York)

     

    Même durant les gardes de 24h il est possible de vivre quelques beaux moments.

     

    Lors de mes gardes à l’hôpital Ste-Justine, j’aimais bien prendre quelques instants de répit et m’installer aux derniers étages devant une fenêtre et observer la ville endormie au beau milieu de la nuit.

     

    Un point d’observation haut perché offrant une vue de petits points lumineux sur une toile noire.

     

    Une ville endormie pendant que quelques êtres humains donnent toute leur énergie pour aider d’autres êtres humains plus petits.

     

    Pour les soins pour les enfants, l’hôpital Ste-Justine, c’est le centre du monde. Dès qu’un cas de santé majeur touche un enfant, celui-ce sera transféré à Ste-Justine (ou le Children’s Hospital du côté anglophone).

     

    Et durant quelques nuits, on me confiait la responsabilité de certains de ces enfants.

     

    Cela avait quelque chose de romantique…

     

    Bip… bip… bip…

     

    … ma pagette.

    Publié par Québomed à 13:22

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