- Ah non, pas l’insuline. Pas me piquer à tous les jours. Pas capable. J’aime mieux mourir que de faire ça. J’ai peur des aiguilles.
- Oui, mais un diabète non contrôlé….
- Pas grave, je veux rien savoir des piqûres, je suis prêt à subir les conséquences.
- … un diabète mal contrôlé risque d’entraîner des crises de cœur, des ACVs et de la paralysie, de l’impuissance ( et un abonnement au viagra!). En plus vous fumez, ça multiplie les risques…
…. et blablabla.
Et je n’oublierai pas de bien marquer dans mon dossier que le monsieur Diabète a refusé l’insuline et que les conséquences ont été expliquées vingt fois. Parfois, on demande au patient de signer un refus de traitement.
C’est quasiment de l’harcèlement.
Je me sens comme un prêtre dans ces situations. Écoutez-moi et vous serez guéri, sinon allez en enfer, c’est-à-dire, à l’urgence. J’ai tellement pesté contre ces prophètes de malheur divisant le bien et le mal et voilà que j’en suis devenu un.
Voyez-vous, c’est triste, mais c’est un peu mon travail.
De un, il y a tout le côté médico-légal. Si le patient se tape un infarctus et que sa famille revient contre moi, il faut que ça soit clair que tout a été dit et fait. S’il y a un avocat qui se fourre le nez dans le dossier et trouve un diabète mal contrôlé sans insuline, il va me laver mes culottes mieux qu’un concentré d’eau de javel.
De deux, et le plus important, il faut que le patient comprenne ses choix et ses conséquences. Il y a quelques dizaines années, il y avait deux personnes importantes dans le village. Le prêtre et le médecin. Le prêtre s’occupait des âmes et le médecin, du corps. Pas étonnant que les gens craignent de se faire sermonner sur leur prise de poids des 6 derniers mois. Les choses ont changé, du moins pour certains médecins. Je considère plus maintenant les médecins comme des conseillers en santé plutôt que comme une figure autoritaire, un peu comme des conseillers pour les investissements financiers, mais en version plus honnête. Le rôle du médecin consiste alors de bien expliquer au patient les conséquences de ses choix de santé.
Connaissez-vous quelqu’un qui risquerait de devenir paralysé parce qu’il a peur des piqûres? Moi non. J’ai dû mal faire mon travail. Alors je vais mettre l’emphase sur les conséquences de son choix et psychanalyser cette peur des piqûres.
Et le sermon continue.








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