“What is the purpose of publications?…[The] purpose of data is to support, directly or indirectly, the marketing of our product.”
- Moffatt B, Elliott C
Pour que la communauté scientifique accepte un médicament, la compagnie pharmaceutique doit démontrer l’efficacité de son produit par des preuves. Ces preuves se basent sur la publication d’articles de recherche.
La mise en marché du produit débute donc avec la publication d’articles qui convaincront les spécialistes des disciplines concernées à introduire le médicament dans leur pratique et à le recommander aux autres médecins via des guides de pratique et des conférences.
Si la mise en marché d’un produit de consommation de masse vise directement le client, celle d’un médicament passe par la manipulation l’approbation des médecins, qui ensuite prescriront le traitement à leurs patients.
Pas d’articles appuyant le médicament, pas de prescription par le médecin et pas de profits. Le médicament peut alors être jeté à la poubelle. Aussi simple que ça.
Dans un passé pas trop lointain, la communauté scientifique considérait la littérature et les articles de recherche comme objectifs et immunisés à la manipulation. La vérité de la vérité. Même Dieu ne pourrait pas être plus vrai que ça. Cette philosophie a d’ailleurs contribué au courant evidence-based-medicine, ou si vous préférez, la médecine fondée sur les faits.
Vous devriez assister à une conférence de spécialistes. J’utiliserais tel médicament parce que l’article de X prouve Y. Non, en fait, il y a un 2e article de A qui dit B, qui serait en fait une meilleure option. Ah non, pas B, ti-gus de McGill a publié une recherche qui dit qu’il y a un paquet d’effets secondaires. Des heures de plaisir dans une étrange cacophonie scientifique.

Depuis quelques années, on remet de plus en plus la valeur scientifique véritable des ces articles de recherche.
Pourquoi? Parce qu’il y a de plus en plus de preuves que les compagnies pharmaceutiques financent et manipulent les articles comme les scénaristes de Loft Story jouent avec leurs participants.
L’une de ces manipulations s’appelle le « ghost management », qui comprend le « ghost writing », l’utilisation de noms de chercheurs reconnus dans la publication d’articles auxquels ils ont en réalité peu participé. On appelle ces méthodes « ghost » car elles visent à cacher la participation active de la compagnie pharmaceutique, ce qui pourrait nuire à la crédibilité de l’article.
Le ghost management implique la manipulation des études dans le design, les résultats, la promotion et la rédaction de l’article final. Un peu tout le processus de recherche, finalement. Au départ, on croyait que ces interventions étaient peu communes et limitées, mais des investigations plus poussées tendent à démontrer qu’une véritable industrie s’est développée autour de ce type de manipulation. Les compagnies engagent régulièrement des experts en promotion pharmaceutique qui rédigeront des articles, manipuleront les données, et plogueront les produits dans des journaux médicaux. Jusqu’à 91 % des études pourraient citer un auteur-fantôme. Dans les cas extrêmes, les compagnies achètent même leurs études. Derrière un voile d’objectivité scientifique se cache donc un esprit d’info-pub.
Le côté ironique de l’histoire est que des preuves scientifiques démontrent qu’on ne peut se fier aux preuves scientifiques.
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