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Perles médicales

C'est sa 1e menstruation depuis l'accouchement d'un bébé de 3 mois.
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À propos du blogue

Ce blogue a été créé dans le but de donner un regard critique sur le monde de la santé. La caractéristique particulière de ce blogue est que le point de vue provient de quelqu’un oeuvrant dans le système de santé, quelqu’un au cœur de l’action.

Durant plusieurs années, j’ai observé silencieusement les commentaires émis par les médias, la population et les organisme gouvernementaux. Cependant, les professionnels de la santé ont été discrets dans leur prise de position. J’espère pouvoir apporter mon point de vue qui, sans représenter nécessairement l’ensemble des acteurs du système de santé, se veut sincère et objectif autant qu’humainement possible.

Message pour les avocats... en aucun cas les opinions dans les articles ne représentent des avis médicaux. Les récits médicaux sont inspirés de situation réelle mais des détails ont été modifiés dans le but de conserver l'anonymat des patients.



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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons
  • 22oct
    Voici mes commentaires sur le portrait du médecin parfait que vous m’avez fait part.

    Curieusement, il y a plusieurs points de ressemblances entre l’image que vous m’avez dessinée et les raisons mentionnées dans mon article pour lesquelles certaines personnes pouvaient moins avoir confiance aux médecins.

    Être attentif à son patient, prendre le temps d’écouter et d’expliquer

    C’est la qualité qui vous semble la plus importante!

    Et comment! Surtout lorsqu’on sait que les médecins interrompent leur patient après en moyenne 18 secondes!!!

    En pratique, ce n’est toutefois pas facile de satisfaire tous les patients sur ce point. Il y a de ces patients qui entrent dans votre bureau avec une histoire de vie, dix problèmes de santé et dix questions sur chaque problème… à la clinique du sans rendez-vous!! Je peux vous dire avant la consultation que ces patients repartiront sans avoir l’impression d’avoir été écoutés.

    Ensuite, l’enseignement qu’on donne aux médecins leur permet d’aller chercher rapidement les informations nécessaires au diagnostic en évitant les détails superflus. Ultra-pratique dans une clinique ou une urgence bondée, mais qui se fait en interrompant le patient dès qu’il sort du cadre précis de la raison de consultation, ce qui amène souvent de la frustration.

    Il y a un point que j’aimerais amener que vous n’auriez jamais soulevé en 100 ans. Bon, peut-être que j’exagère, mais quand même, c’est l’élément qui me semble le plus important.

    Est-ce que vous savez comment la majorité des médecins facturent leurs services au gouvernement? Bien sûr, à l’acte. Cela signifie que pour un service rendu, comme par exemple une consultation, le médecin reçoit la même rémunération qu’il prenne 15 ou 30 minutes son patient. Et comme le temps, c’est de l’argent, plus le médecin prend de temps avec ses patients, moins il peut en voir et moins il est payé à la fin de sa journée. Conflit d’intérêts un peu gênant et je ne crois pas que ce système reflète bien les valeurs québécoises (j’en discute un peu plus longuement ici).

    J’ai déjà entendu comme remarque qu’un médecin qui prend son temps est un médecin qui crève de faim. Ça dresse un portrait un peu sinistre mais résumant bien la situation.

    Par contre, au point de vue du système de santé, prendre du temps avec son patient comporte un aspect rentable. Un patient qui se sent écouté est un patient satisfait qui n’ira pas encombrer les autres cliniques. Un patient mieux soigné est un patient qui n’ira pas décompenser son asthme à l’urgence. Un patient qui comprend sa maladie est un patient qui se traitera mieux. Des trucs super importants.

    Bon, assez pour aujourd’hui, je commenterai le reste dans un autre article que j’écrirai demain ou après-demain.

    Publié par Québomed à 11:45

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  • 19sept
    Un jour à ma clinique, j’ai rencontré comme patient un type à l’aube de l’âge doré avec un fort accent anglophone désirant un moyen pour soulager son mal de dos de longue date.

    - Je veux des painkillers pour mon mal de dos
    - Pour l’arthrose du dos, on commence par le tylenol…
    - No no! Ça c’est comme de l’eau. Je veux quelque chose de bon pour calmer la douleur.
    - Mais vous savez, les tylenols pris de façon régulière peuvent être très efficaces.
    - Non, ce n’est pas bon du tout!
    - Il y a la physiothérapie, vous avez déjà essayé?
    - Oui, et ça ne fait rien.
    - Les anti-inflammatoires ne sont pas un très bon choix pour vous étant donné les autres problèmes de santé que vous avez. La prochaine étape, c’est la codéine et la morphine.
    - La morphine, c’est pour ceux qui vont mourir. Moi c’est simple, je veux seulement des painkillers.
    - Je peux toujours vous référer à la clinique de la douleur, ils pourront vous faire des piqûres dans le dos.

    Le patient commençait à s’impatienter.

    - I don’t want any needle in my back, I can’t stand that. Je veux des painkillers.
    - Écoutez, je viens de vous proposer tout mon arsenal. Je n’ai pas autre chose à vous offrir.
    - Pourtant c’est simple, je veux juste des painkillers.
    - Monsieur, ce que vous cherchez n’existe pas.

    Publié par Québomed à 21:22

  • 12août
    Montée de lait aujourd’hui!

     

    Il y a des patients qui manquent parfois totalement de respect. On parle ici de respect élémentaire.

     

    Ce n’est pas parce que les soins de santé sont dispensés gratuitement par le gouvernement que cela donne le droit aux gens d’insulter ceux qui essaient de les aider.

     

    Ici, je ne vise pas le respect de l’autorité, mais bien le respect de base que n’importe quel concitoyen devrait démontrer pour un autre concitoyen.

     

    Ceci dit, il y a aussi des médecins qui manquent de respect envers leurs patients, et c’est tout aussi inacceptable.

    Publié par Québomed à 19:09

  • 30juil
    - On n’arrive pas à contrôler le diabète avec les pilules. Il va falloir passer à l’insuline.

    - Ah non, pas l’insuline. Pas me piquer à tous les jours. Pas capable. J’aime mieux mourir que de faire ça. J’ai peur des aiguilles.

    - Oui, mais un diabète non contrôlé….

    - Pas grave, je veux rien savoir des piqûres, je suis prêt à subir les conséquences.

    - … un diabète mal contrôlé risque d’entraîner des crises de cœur, des ACVs et de la paralysie, de l’impuissance ( et un abonnement au viagra!). En plus vous fumez, ça multiplie les risques…

     

    …. et blablabla.

     

    Et je n’oublierai pas de bien marquer dans mon dossier que le monsieur Diabète a refusé l’insuline et que les conséquences ont été expliquées vingt fois. Parfois, on demande au patient de signer un refus de traitement.

     

    C’est quasiment de l’harcèlement.

     

    Je me sens comme un prêtre dans ces situations. Écoutez-moi et vous serez guéri, sinon allez en enfer, c’est-à-dire, à l’urgence. J’ai tellement pesté contre ces prophètes de malheur divisant le bien et le mal et voilà que j’en suis devenu un.

     

    Voyez-vous, c’est triste, mais c’est un peu mon travail.

     

    De un, il y a tout le côté médico-légal. Si le patient se tape un infarctus et que sa famille revient contre moi, il faut que ça soit clair que tout a été dit et fait. S’il y a un avocat qui se fourre le nez dans le dossier et trouve un diabète mal contrôlé sans insuline, il va me laver mes culottes mieux qu’un concentré d’eau de javel.

     

    De deux, et le plus important, il faut que le patient comprenne ses choix et ses conséquences. Il y a quelques dizaines années, il y avait deux personnes importantes dans le village. Le prêtre et le médecin. Le prêtre s’occupait des âmes et le médecin, du corps. Pas étonnant que les gens craignent de se faire sermonner sur leur prise de poids des 6 derniers mois. Les choses ont changé, du moins pour certains médecins. Je considère plus maintenant les médecins comme des conseillers en santé plutôt que comme une figure autoritaire, un peu comme des conseillers pour les investissements financiers, mais en version plus honnête. Le rôle du médecin consiste alors de bien expliquer au patient les conséquences de ses choix de santé.

     

    Connaissez-vous quelqu’un qui risquerait de devenir paralysé parce qu’il a peur des piqûres? Moi non. J’ai dû mal faire mon travail. Alors je vais mettre l’emphase sur les conséquences de son choix et psychanalyser cette peur des piqûres.

     

    Et le sermon continue.

    Publié par Québomed à 20:02

  • 02juil
    Si vous croisez un médecin et vous voulez savoir si tel hôpital ou tel médecin est bon, vous n’avez qu’à lui poser une seule question : enverriez-vous votre mère se faire soigner à cet hôpital ou consulter ce médecin?

     

    Dans le milieu, on appelle ça le mommy test.

     

    Pour vous rassurer, la majorité des hôpitaux et de médecins que je connaisse réussissent le mommy test.

    Publié par Québomed à 20:42

  • 22mai
    - J’ai mal à la gorge depuis deux jours. Un  gros mal de gorge. J’ai de la misère à avaler.

     

    La dame qui me parle fait à peine soixante ans. Le cadran affiche 4h00 du matin et heureusement pour elle, il n’y a pas foule à l’urgence. Sinon, elle aurait pu louer une chambre à l’hôpital tellement le temps d’attente aurait été interminable.

     

    - C’est une pharyngite virale, madame. Les antibiotiques n’auront pas d’effet contre ça.

    - Ben là, qu’est-ce que je vais faire? J’ai mal moi! Pourquoi tu me donnes pas d’antibiotiques. Mon autre médecin m’en donne, lui.

     

    Il ne devrait pas. La majorité des pharyngites sont causées par des virus, et les antibiotiques n’ont aucune efficacité contre ce type de microbe. Donc, inutile de les prescrire. Si vous ne me croyez pas, allez lire les guides cliniques que nous utilisons. Maintenant, essayez d’expliquer ça à cette dame qui vient de passer 8 heures à se tourner les pouces à l’urgence. La majorité des patients entretiennent des attentes particulières lorsqu’ils consultent un médecin. Si ces attentes ne sont pas remplies, on devient alors un « mauvais médecin ». Dans ce cas-ci, la dame s’attendait à recevoir une prescription d’antibiotiques.

     

    - Madame, les antibiotiques ne pourront ni vous aider, ni vous soulager. Je n’ai aucune indication de vous les donner.

     

    Elle commence à bien saisir qu’elle ne repartira pas avec ce qu’elle veut. Et comme dans bien des cas, cela engendre énormément de frustrations.

     

    Gorge

     

    - Oui, mais moi je sais que ça me soulagerait. T’es quel genre de médecin-toé? Tu veux pas soulager tes patients?

     

    À en croire certaines personnes, les médecins jouent à Dieu et décident qui ils vont guérir et qui ils vont laisser souffrir. Je ne pratique pas la médecine pour jouer à Dieu. Je n’essaie que de faire mon travail. Et une partie de mon travail consiste à ne pas donner des traitements inutiles, dans ce cas-ci, les antibiotiques. S’il existait quelque chose pour  guérir cette dame instantanément, je lui suggèrerais sans hésiter.

     

    - Cela va durer quelques journées, et puis ça va partir.

    - Et je vais avoir mal pendant tout ce temps-là?

    - Quelques jours. La douleur va aller en s’atténuant. En attendant, vous pouvez prendre du tylenol, boire beaucoup. Si vous aimez les pastilles, vous pouvez toujours en prendre.

    - J’ai déjà essayé, et ça ne marche pas.

    - Alors, madame, je n’ai pas de remède-miracle.

     

    Effectivement, la science a ses limites, et les miracles surviennent beaucoup plus rarement que les patients aimeraient le croire.

     

    - Et toi, si tu étais malade, je suis sûr que tu prendrais des antibiotiques.

    - Pas du tout. Parce que cela n’aurait aucun effet.

    - Ouais… me semble.

     

    En fait, plusieurs médecins pratiquent même s’ils sont incommodés par des problèmes de santé. Si on se désiste, il est très difficile de nous remplacer et nos collègues doivent souvent se sacrifier pour palier à notre absence, ce qui n’est jamais très plaisant. Nous sommes parfois plus malades que les patients que nous traitons. J’ai vu des médecins travailler entre deux traitements de chimiothérapie ou traîner un plâtre de chambre en chambre. Pour ma part, cette nuit-là, j’ai reçu deux poches de soluté car j’avais une gastro qui me faisait vomir les trippes.

     

    Comme cette dame, je crois que j’aurais dû rester dans mon lit.

    Publié par Québomed à 10:35

   

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