Je termine de lire une série d’articles sur le manque d’intérêt des étudiants envers la médecine familiale. Ce dossier a été publié dans l’édition du 5 novembre de
l’Actualité médicale, un journal destiné aux médecins et complètement placardé de publicités de compagnies pharmaceutiques.
De 2000 à 2007, le Québec a vu l’arrivée de 1923 spécialistes contre seulement 1309 omnipraticiens, une ÉNORME différence de 614 têtes.
Pourquoi ? Pour beaucoup de trucs, selon les auteurs. Rémunération, manque d’exposition à la médecine familiale à la fac, blablabla. Pas nécessairement faux ou dénué d’intérêts.
Pourtant, l’enjeu majeur - das problem - n’y est pas abordé. Du moins, si peu. On parle de dénigrement de la médecine familiale. Dénigrement …? Hahaha, quelle bonne blague. J’aime ce journal dans sa façon de présenter une version édulcorée de certaines situations.
J’emploierais une expression plus appropriée… disons… système de castes? Système dans lequel les omnipraticiens jouent le rôle de médecins de deuxième classe, des médecins pas assez talentueux pour devenir de grands spécialistes.
J’ai déjà entendu un spécialiste dire à un collègue que la médecine familiale n’était qu’une petite merde. Évidemment, les remarques ne sont pas toujours aussi cinglantes, mais tout aussi dénigrantes. Combien de fois est-ce que j’ai entendu un spécialiste complimenter un étudiant en lui disant qu’il était trop doué pour la médecine familiale? Ça fait partie du quotidien d’un étudiant en médecine.
Cette division dépasse le dénigrement et se remarque à plusieurs niveaux. La rémunération moyenne des omnipraticiens au Québec accuse un retard de 33% par rapport à celle des spécialistes. En 2008, 17 % des postes de résidence en médecine familiales ont été laissés vacants contre 3 % en spécialité. Il existe deux fédérations (l’équivalent des syndicats) pour représenter les médecins, une pour les omnis (FMOQ), l’autre pour les spécialistes (FMSQ). Bien que ces fédérations n’entretiennent pas officiellement d’hostilité l’une envers l’autre, cette division témoigne d’une séparation entre les spécialistes et les omnipraticiens. Chacun dans son coin. Chacun sur son échelon.
Alors, voici ce que vous présentez aux étudiants dans les facs en médecine, qui sont, ne l’oublions pas, des milieux de fermentation de l’égo. D’un côté, se dresse le radiologiste respecté gagnant 400 000$ par année pour du 8 à 5 à interpréter des images sur un écran haut de gamme dans un local climatisé. De l’autre, se cache l’omnipraticien, cette espèce de médecin raté, à soigner les patients dont les spécialistes se débarrassent dans une clinique bondée et ce, pour un demi-salaire de vrai médecin.
Maintenant, êtes-vous réellement surpris que les étudiants en médecine favorisent les spécialités?
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