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Perles médicales

La patient n'avait pas d'antécédent de suicide.
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À propos du blogue

Ce blogue a été créé dans le but de donner un regard critique sur le monde de la santé. La caractéristique particulière de ce blogue est que le point de vue provient de quelqu’un oeuvrant dans le système de santé, quelqu’un au cœur de l’action.

Durant plusieurs années, j’ai observé silencieusement les commentaires émis par les médias, la population et les organisme gouvernementaux. Cependant, les professionnels de la santé ont été discrets dans leur prise de position. J’espère pouvoir apporter mon point de vue qui, sans représenter nécessairement l’ensemble des acteurs du système de santé, se veut sincère et objectif autant qu’humainement possible.

Message pour les avocats... en aucun cas les opinions dans les articles ne représentent des avis médicaux. Les récits médicaux sont inspirés de situation réelle mais des détails ont été modifiés dans le but de conserver l'anonymat des patients.



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Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons
  • 25sept
    Il n’y a rien qui perturbe autant votre vision de la sexualité que quelques années à pratiquer dans les salles d’urgence. On entend tellement d’histoires bizarres…

    Le cas classique, qui devient ennuyant à force de se répéter, est la présence d’objets coincés dans le vagin ou dans le rectum. Si vous saviez tout ce qui peut rentrer là-dedans…

    Je me souviens d’une histoire dans laquelle un patient s’est présenté avec une bouteille de vin coincée dans le rectum. Il nous avait dit qu’il était tombé par accident sur la bouteille de vin qui se trouvait sur le sol de sa salle de bain. Sans commentaire.

    Mais cette histoire-là bat tous les records en termes d’excentricité.

    Publié par Québomed à 21:50

  • 19sept
    Un jour à ma clinique, j’ai rencontré comme patient un type à l’aube de l’âge doré avec un fort accent anglophone désirant un moyen pour soulager son mal de dos de longue date.

    - Je veux des painkillers pour mon mal de dos
    - Pour l’arthrose du dos, on commence par le tylenol…
    - No no! Ça c’est comme de l’eau. Je veux quelque chose de bon pour calmer la douleur.
    - Mais vous savez, les tylenols pris de façon régulière peuvent être très efficaces.
    - Non, ce n’est pas bon du tout!
    - Il y a la physiothérapie, vous avez déjà essayé?
    - Oui, et ça ne fait rien.
    - Les anti-inflammatoires ne sont pas un très bon choix pour vous étant donné les autres problèmes de santé que vous avez. La prochaine étape, c’est la codéine et la morphine.
    - La morphine, c’est pour ceux qui vont mourir. Moi c’est simple, je veux seulement des painkillers.
    - Je peux toujours vous référer à la clinique de la douleur, ils pourront vous faire des piqûres dans le dos.

    Le patient commençait à s’impatienter.

    - I don’t want any needle in my back, I can’t stand that. Je veux des painkillers.
    - Écoutez, je viens de vous proposer tout mon arsenal. Je n’ai pas autre chose à vous offrir.
    - Pourtant c’est simple, je veux juste des painkillers.
    - Monsieur, ce que vous cherchez n’existe pas.

    Publié par Québomed à 21:22

  • 02juil
    Une collègue m’a dit il y a quelques jours :

     

    - Tu sais, des fois j’aimerais ça échanger ma place avec le concierge, juste pour quelques jours.

     

    Je ne vous en aurais pas parlé si c’était la première fois que j’entendais une déclaration du genre de la bouche d’un médecin, mais je l’ai entendue à plusieurs reprises et même lue quelques fois dans des blogues médicaux. Même moi j’y ai pensé…

     

    On regarde le concierge et on se dit : des horaire de 8 à 5, on ne traîne pas au bureau parce qu’on a des patients à rappeler, pas de stress de poursuite, pas de paperasse, pas de qui se gens qui se plaignent du temps d’attente. Pas de journaux médicaux à lire, pas de dilemme moral, pas d’exposition aux situations les plus tristes de notre société.

     

    Ça doit être ça, le bonheur!

    Publié par Québomed à 20:16

  • 24mai
    Je viens à peine de commencer mon chiffre de nuit à l’urgence qu’on m’annonce qu’une ambulance arrivera sous peu avec un traumatisé de la route.

     

    Les ambulanciers me transmettent les infos suivantes : adolescent éjecté d’un véhicule roulant à 180 km/h. Forte odeur d’alcool. État : pas si pire que ça.

     

    Pas si pire que ça? C’est quoi «  pas si pire que ça » pour un trauma haute vélocité à 180 km/h? On a réussi à retrouver tous les morceaux? On est capable de déterminer si c’est un homme ou une femme?

     

    Dans ces cas, on ne sait pas trop ce qui va entrer dans la salle de réanimation. On se prépare toujours au pire. Toute l’équipe se prépare au pire.

     

    L’ambulance arrive. On entend les portes automatiques de la salle de réanimation s’ouvrir.

     

    Je vois un corps sur une civière.

     

    « Allô! »

     

    Le corps me parle.

     

    Et le corps semble en pleine forme et me fixe.

     

    « Je m’appelle Ben. »

     

    Il est conscient, il parle et il respire.

     

    Et plus encore. Il bouge tous ses membres. Il n’a aucune douleur. Tous les morceaux semblent à leur place. Il ne saigne même pas.

     

    Tout ce qu’il a, outre une forte odeur d’alcool, c’est une petite plaie sur la jambe droite. Une plaie qui n’aura nécessité que quatre points de suture.

     

    C’est un miraculé. Tu devrais être mort, Ben.

     

    Ce que j’ai appris plus tard, c’est que l’adolescent en question avait été impliqué dans une poursuite policière. Il roulait dans la voiture sport décapotable de luxe de son papa à 140 km/h lorsqu’une voiture de police l’a surpris avec son radar. Le jeune a tenté de semer la police en accélérant jusqu’à 180 km/h, mais la poursuite aura été de courte durée puisqu’il a dérapé dans une courbe. Vu qu’il n’était pas attaché, il a été éjecté.

     

    La plupart des gens qui subissent ce genre d’accident, s’ils survivent, n’en sortent pas sans séquelles. J’ai vu des personnes se causer plus de blessures en ouvrant un parapluie que ce type qui a fait un vol plané sur quelques dizaines de mètres.

     

    Cet ado aura épuisé sa chance pour plusieurs années.

     

    Mais il ne s’en est pas sorti complètement indemne : l’amende de la police a été très salée.

    Publié par Québomed à 9:39

  • 22mai
    - J’ai mal à la gorge depuis deux jours. Un  gros mal de gorge. J’ai de la misère à avaler.

     

    La dame qui me parle fait à peine soixante ans. Le cadran affiche 4h00 du matin et heureusement pour elle, il n’y a pas foule à l’urgence. Sinon, elle aurait pu louer une chambre à l’hôpital tellement le temps d’attente aurait été interminable.

     

    - C’est une pharyngite virale, madame. Les antibiotiques n’auront pas d’effet contre ça.

    - Ben là, qu’est-ce que je vais faire? J’ai mal moi! Pourquoi tu me donnes pas d’antibiotiques. Mon autre médecin m’en donne, lui.

     

    Il ne devrait pas. La majorité des pharyngites sont causées par des virus, et les antibiotiques n’ont aucune efficacité contre ce type de microbe. Donc, inutile de les prescrire. Si vous ne me croyez pas, allez lire les guides cliniques que nous utilisons. Maintenant, essayez d’expliquer ça à cette dame qui vient de passer 8 heures à se tourner les pouces à l’urgence. La majorité des patients entretiennent des attentes particulières lorsqu’ils consultent un médecin. Si ces attentes ne sont pas remplies, on devient alors un « mauvais médecin ». Dans ce cas-ci, la dame s’attendait à recevoir une prescription d’antibiotiques.

     

    - Madame, les antibiotiques ne pourront ni vous aider, ni vous soulager. Je n’ai aucune indication de vous les donner.

     

    Elle commence à bien saisir qu’elle ne repartira pas avec ce qu’elle veut. Et comme dans bien des cas, cela engendre énormément de frustrations.

     

    Gorge

     

    - Oui, mais moi je sais que ça me soulagerait. T’es quel genre de médecin-toé? Tu veux pas soulager tes patients?

     

    À en croire certaines personnes, les médecins jouent à Dieu et décident qui ils vont guérir et qui ils vont laisser souffrir. Je ne pratique pas la médecine pour jouer à Dieu. Je n’essaie que de faire mon travail. Et une partie de mon travail consiste à ne pas donner des traitements inutiles, dans ce cas-ci, les antibiotiques. S’il existait quelque chose pour  guérir cette dame instantanément, je lui suggèrerais sans hésiter.

     

    - Cela va durer quelques journées, et puis ça va partir.

    - Et je vais avoir mal pendant tout ce temps-là?

    - Quelques jours. La douleur va aller en s’atténuant. En attendant, vous pouvez prendre du tylenol, boire beaucoup. Si vous aimez les pastilles, vous pouvez toujours en prendre.

    - J’ai déjà essayé, et ça ne marche pas.

    - Alors, madame, je n’ai pas de remède-miracle.

     

    Effectivement, la science a ses limites, et les miracles surviennent beaucoup plus rarement que les patients aimeraient le croire.

     

    - Et toi, si tu étais malade, je suis sûr que tu prendrais des antibiotiques.

    - Pas du tout. Parce que cela n’aurait aucun effet.

    - Ouais… me semble.

     

    En fait, plusieurs médecins pratiquent même s’ils sont incommodés par des problèmes de santé. Si on se désiste, il est très difficile de nous remplacer et nos collègues doivent souvent se sacrifier pour palier à notre absence, ce qui n’est jamais très plaisant. Nous sommes parfois plus malades que les patients que nous traitons. J’ai vu des médecins travailler entre deux traitements de chimiothérapie ou traîner un plâtre de chambre en chambre. Pour ma part, cette nuit-là, j’ai reçu deux poches de soluté car j’avais une gastro qui me faisait vomir les trippes.

     

    Comme cette dame, je crois que j’aurais dû rester dans mon lit.

    Publié par Québomed à 10:35

  • 28avr
    Il y a quelques années vers la fin de ma résidence, je terminais mon quart de travail à l’urgence lorsque l’infirmière m’annonce l’arrivée d’une jeune adolescente inconsciente. Les gros cas surviennent toujours vers la fin des quarts, c’est toujours comme ça.

     

    La jeune fille de 15 ans, en bonne santé auparavant, était tombée subitement inconsciente lorsqu’elle magasinait au centre d’achats avec sa mère. Bang! Comme ça, sur le sol. Pas de convulsions. Pas de trauma. Pas de médicaments. Pas d’histoire de prise de drogues ou d’alcool. Premier épisode du genre. Pas de température. Signes vitaux stables à l’arrivée. C’est toujours ça de rassurant. Aucune réaction à la douleur. Pupilles égales et réactives. Nuque souple. Reste de l’examen physique et neuro normal. ECG normal.

     

    Mon patron entre dans la chambre : « Et puis? ».

     

    Je n’ai aucune réponse intelligente à lui donner. Habituellement, à ce stade de l’évaluation, on a une idée de ce qui se passe. Ici, rien. J’ai demandé mes tests de labo, mon bilan toxico et mon scan, mais je ne m’attends pas à trouver de grosses anomalies chez une ado de 15 ans sans antécédents médicaux. Je reste avec des hypothèses vagues. Peut-être une crise d’épilepsie passée inaperçue avec un état post-ictal? Un saignement intracrânien? Prise de drogue inavouée? Mais aucune de ces hypothèses ne colle avec l’histoire. Je cherche dans ma tête. À quoi je ne pense pas? À quoi je devrais penser? J’ai une fille de 15 ans inconsciente devant moi et je ne sais pas trop vers quoi je me dirige. Je commence à avoir des sueurs froides et le cœur qui palpite.

     

    Femme inconsciente

     

    Le patron voyant mon embêtement, me dit sur un ton calme : « Ne te fatigue pas, elle fake. »

     

    Il avait observé la patiente. Elle avait trop de tonus pour une personne inconsciente. En plus, elle avait quelques petits mouvements involontaires. Les yeux bougeaient un peu lorsqu’on stimulait les pupilles avec la lumière. Dans l’énervement, ce sont des détails auxquels je n’avais pas portés attention. Le manque d’expérience ayant probablement joué un rôle également.

     

    Durant notre entraînement, on nous apprend en premier à éliminer les causes graves de maladies. Le trouble factice (la simulation de maladies) est une cause de bien des symptômes, mais dans les livres de médecine, il se résume à une petite ligne dans le chapitre et passe souvent inaperçu. Pourtant, on rencontre régulièrement des personnes qui simulent pour une raison ou pour une autre.

     

    Pour la jeune fille, elle a été couchée sur une civière dans le corridor et s’est « réveillée » quelques heures plus tard. Les tests de labo étaient normaux. La fille a eu son congé le jour même.

     

    À noter que plus tôt, la jeune fille est demeurée de glace lorsque je l’ai stimulée avec la douleur. Certaines personnes sont prêtent à aller loin dans leur simulation…

     
    __________

    Il y a deux ou trois mois, l’infirmière est venue me chercher en courant. « Docteur, on n’est pas capable de piquer la patiente qui convulse, il va falloir lui mettre une voie centrale. »

    Je regarde la patiente, et je dis à l’infirmière sur un ton calme : « Ne te fatigue pas, elle fake. »

    Publié par Québomed à 14:36

  • 20avr
    Ville endormie (New York)

     

    Même durant les gardes de 24h il est possible de vivre quelques beaux moments.

     

    Lors de mes gardes à l’hôpital Ste-Justine, j’aimais bien prendre quelques instants de répit et m’installer aux derniers étages devant une fenêtre et observer la ville endormie au beau milieu de la nuit.

     

    Un point d’observation haut perché offrant une vue de petits points lumineux sur une toile noire.

     

    Une ville endormie pendant que quelques êtres humains donnent toute leur énergie pour aider d’autres êtres humains plus petits.

     

    Pour les soins pour les enfants, l’hôpital Ste-Justine, c’est le centre du monde. Dès qu’un cas de santé majeur touche un enfant, celui-ce sera transféré à Ste-Justine (ou le Children’s Hospital du côté anglophone).

     

    Et durant quelques nuits, on me confiait la responsabilité de certains de ces enfants.

     

    Cela avait quelque chose de romantique…

     

    Bip… bip… bip…

     

    … ma pagette.

    Publié par Québomed à 13:22

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  • 01avr

    Besides medical school, there is probably no other four-year experience - unless it be four year’s service in a war - that can so change the cognitive content of one’s mind and the nature of one’s relationships with others.

    - F.D. Moorse, Harvard Medical School

     

    Lorsque je suis rentré à la fac de médecine, j’étais un ado. Lorsque j’en suis sorti, j’étais un adulte.

     

    Je n’ai jamais autant appris sur la société que dans les cabinets de médecin. Beaucoup à travers les gens. Leurs forces, leurs faiblesses. Les pauvres et les malades, ceux qu’on ne voit jamais dans à la TV ou même dans les rues. La vulnérabilité des personnes sous leur apparence invincibilité.

     

    J’ai aussi appris de l’attitude des médecins que j’ai côtoyés, et pas nécessairement pour le mieux. Une hiérarchique froide et le pouvoir de l’autorité. L’influence de l’argent dans la prise de décision. Le narcissisme écrasant de certains médecins.

    Il y a des choses que j’ai vues qui me marqueront à vie et que je préfère refouler dans mon inconscient. D’un autre côté, je ne crois pas que j’aurais totalement saisi le monde dans lequel on vit si j’avais décidé de me diriger vers dans un autre domaine d’étude.

     

     

    Publié par Québomed à 20:22

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